N° 1, du dimanche 2 janvier 1853
p.7 : NOUVELLES.- Un public délite, dans
lequel on comptait MEYERBEER, BERLIOZ, AUBER, HALEVY, Ambroise
THOMAS, plusieurs officiers supérieurs et un grand nombre
dillustrations de la noblesse et de la littérature,
assistait jeudi dernier [30 décembre] à une intéressante
séance dans la salle de M. Adolphe Sax. Il sagissait
dentendre et de juger la musique-modèle organisée
par les soins de lhabile facteur, pour le régiment
des guides. Neuf morceaux, dans différents caractères,
ont été exécutés aux applaudissements
de lassemblée ; parmi ceux qui ont produit le plus
deffet, on peut citer louverture de Zampa,
un pas redoublé et deux fantaisie sur le Domino
et Zanetta. Cette brillante épreuve fait le plus grand
honneur à M. Sax, tant pour le choix et la combinaison
des instruments, que pour le talent dexécution des
virtuoses ; il est vrai que la plupart ont été recrutés
parmi les plus habiles solistes de la capitale, et quArban
est revenu tout exprès de Londres. Quant à la musique,
elle réunit à léclat des plus vigoureuses
fanfares les timbres variés et la délicatesse de
nuances des meilleurs orchestres de symphonie ; on ne saurait
rien imaginer de plus splendide et de plus parfait. M. Sax a reçu
les félicitations de son illustre auditoire, notamment
de M. MEYERBEER et de M. FLEURY, colonel du régiment des
guides. Hier, samedi, la musique modèle a dû se faire
entendre à la cour, en présence de lEmpereur,
et il ny a pas de doute que cette audition nait été
loccasion dun éclatant triomphe pour M. Sax,
pour ses instruments et pour ses artistes.
N°3, du 16 janvier 1853
p. 21/22 : MUSIQUE DES GUIDES.- Il nest de bruit en ce moment
que de la magnifique musique des guides, dont lorganisation
avait été confiée à M. Sax, et dont le premier début à la cour,
le premier jour de lan, en présence de Sa Majesté lEmpereur,
est venu pleinement confirmer le choix fait par le gouvernement
de lhabile facteur pour cette mission difficile et importante.
Quand on entend cette musique modèle, on reste frappé dadmiration.
Mais pour se faire une juste idée des progrès réalisés par M.
Sax et des conquêtes que lon doit à son esprit inventif, il
faut se rappeler ce quétaient les musiques militaires en France,
il y a seulement une vingtaine dannées. A cette époque, les
basses étaient uniquement représentées par les trombones et
par le serpent, ce vieil engin musical dont la race sest encore
perpétuée jusquà nos jours dans quelques églises de village.
Lophicléide ne vint que plus tard.- Loes parties intermédiaires
étaient confiées à des cors sans pistons ;quant aux voix aiguës,
elles navaient pour se produire que les flûtes ou les clarinettes,-
et quelles clarinettes ! -Les trompettes étaient pareillement
sans pistons ; enfin, les cornets à pistons ne vinrent que longtemps
après.
« En 1845, les musiques de larmée française furent réorganisées
sur un plan proposé par M. Sax. On sait avec quelle lenteur
saccomplissent de pareilles réformes : aussi, malgré toute
la diligence que mit linventeur à faire lapplication de son
système, malgré un travail incessant, malgré une fabrication
qui noccupait pas moins de 191 ouvriers, cest à peine si on
avait pu juger encore de lexcellence de ses doctrines, lorsquarriva
la révolution de 1848. Le 18 mars suivant, un décret de gouvernement
provisoire, provoqué par des adversaires vaincus dans une lutte
loyale, mais dont par cela même la haine nétait que plus ardente,
bouleversa tout ce qui avait été fait auparavant, et supprima
les saxophones dans les musiques de larmée, ainsi que dans
lEcole militaire du Gymnase musical ; puis à leur place on
réintégra lancien basson, dont les vices et linsuffisance
pour la musique militaire avaient été depuis longtemps reconnus
et constatés. Cependant, quelques musiques tinrent bon et restèrent
debout, conformément à lordonnance de 1845, entre autres celle
du 9° dragons pour la cavalerie, et celle du 74° de ligne pour
linfanterie. Grâce à ces spécimens trop rares il est vrai,
les connaisseurs purent apprécier tout ce que lon était en
droit dattendre de M. Sax. Ce dernier ne se découragea pas
; il engagea la lutte ; il la soutient depuis six années. A
côté des pièges qui lui étaient incessamment tendus et des embarras
quon ne cessait de lui susciter, il trouva moyen détendre
le domaine de ses découvertes et de perfectionner ses inventions
premières ; il parvint à confectionner, pour lExposition universelle
de Londres, une série véritable de nouveaux instruments qui
remportèrent le plus éclatant triomphe, et lui valurent la première
place, la place dhonneur à ce concours général de toutes les
nations.
« Enfin, loccasion décisive qui vient de lui être offerte
par la création de la musique des Guides a mis dans tout son
jour les vastes conceptions et les ingénieuses ressources de
cet inépuisable inventeur ; car, cette fois, il navait plus
à combattre ; il pouvait donner lessor à ses idées et puiser
sans considération déconomies dans tous les éléments de son
art, aussi peut-on dire quil a dépassé lattente de ses plus
fervents admirateurs : un auguste suffrage, lapprobation des
hommes les plus éminents, lui sont désormais acquis, et il y
a tout lieu despérer quune ère nouvelle, une ère de prospérité
comme de succès va dater pour M. Sax du jour où les brillants
accords de sa musique modèle ont retenti dans le palais des
Tuileries en présence de Sa Majesté lEmpereur.
« Hier samedi, la musique des Guides a dû se faire
encore entendre le soir chez Sa Majesté lempereur.
top
N° 5, du 13 février 1853
p.55 : NOUVELLES.- La cours de cassation vient de rendre un
arrêt important relativement au brevet dinvention
des saxo-tromba, du saxhorn et des nouveaux pistons en cylindres.
En voici le résumé, textuellement emprunté
à la Gazette des tribunaux :- Lapplication
pratique dune théorie déjà connue
constitue une invention susceptible dêtre brevetée,
si elle produit des résultats industriels nouveaux. Spécialement,
la suppression des angles dans les instruments à vent,
et lagrandissement des rayons des courbes des diverses
parties de ces instruments, et notamment des tubes additionnels,
peut donner leur à un brevet. Le son obtenu constitue,
dans ce cas, un résultat industriel nouveau (Articles
1 et 2 de la loi du 2 janvier 1791). Peut également donner
lieu à un brevet la fabrication dinstruments à
vent produisant des sons non encore obtenus auparavant, encore
que lamélioration du son résulte uniquement
dune combinaison nouvelle dans les proportions des diverses
parties, déjà connues, des instruments et dans
leurs dimensions transversales, combinaison qui, daprès
les juges du fait, naurait pas influé dune
manière essentielle sur les conditions organiques des
instruments. Il suffit pour quil y ait lieu à brevet,
que la réalité de linvention soit constante,
quelles quen puissent être dailleurs loriginalité
et limportance (Article 2 de la loi du 5 juillet 1844).
Les plans et dessins joints à une demande de brevet sont
le complément de lintitulé du brevet et
du mémoire descriptif de linvention, et font partie
intégrante de la demande, de telle sorte que, lors même
que certaines modifications, dont se dit inventeur celui qui
demande le brevet, ne seraient signalées que par les
dessins quil a produits, ces dessins constitueraient une
description remplissant le vÏu de la loi sils suffisaient
pour exécuter lobjet inventé. Cassation,
après délibération en chambre du conseil,
au rapport de M. le conseiller RENOUARD, et, conformément
aux conclusions de M. lavocat général ROULAND
dun arrêt rendu le 16 février 1850, par la
Cour impériale de Paris (Sax contre Raoux et autres ;
plaidants, Mes Paul Fabre et Groualle).
la salle. Musard va, assure-t-on, produire aux fêtes
de lOpéra un autre quadrille destiné à
un succès immense. Il a pour titre : les Enfants de
Marengo. Lorchestre, pour cette fois, sera augmenté
de douze tambours, de deux grosses caisses de dimension colossale
et de dix trompettes de forme nouvelle.
N°12 du 20 mars 1853
p.99 NOUVELLES : Un grand concert de musique militaire
sera donné prochainement dans la salle Herz. On y entendra lélite
des exécutants de nos divers théâtres lyriques, les nouveaux instruments
de Sax et un répertoire qui obtiendra, nous en sommes certains,
le succès le plus brillant et le mieux mérité. Cet orchestre militaire,
organisé daprès les plans de M. Sax, adoptés au régiment des
guides, sera conduit par M. Mohr, lhabile directeur de la musique
de ce régiment.
N°18, du 1er mai 1853
p. 164 : Nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs
lextrait du rapport de lExposition universelle de Londres, concernant
les instruments de musique. On verra par la note qui va suivre
que la France est la première entre toutes les nations pour la
fabrication et principalement pour linvention des instruments
à vent ; grâce, il faut bien le reconnaître, aux efforts persévérants
de notre habile facteur Ad. Sax.
« Dans ce département, le jury a accordé la grande
médaille (council medal)(1)(1) cette haute distinction est la
seule qui ait été accordée à cette spécialité parmi toutes les
nations ; elle la été à lunanimité des trois jurys, et pour
luniversalité des quatre-vingt-cinq instruments exposés par M.
Sax. à M. Sax, de Paris, pour son invention de plusieurs nouvelles
classes dinstruments à vent en métal et en bois.
« Parmi les inventeurs dinstruments de musique,
la plus haute distinction est due aux mérites de M. Sax ; quon
le considère, soit sous le rapport de la variété et de lexcellence,
soit sous celui de lutilité de ses inventions.
« Sa création de la classe entière
des saxhorns et des saxo-trombas a produit les résultats
les plus satisfaisants et une révolution complète
dans la musique militaire, sur le théâtre, comme
dans les salles de concert. Cette vaste échelle instrumentale
offre dimportants avantages jusque dans les extrêmes
limites, à laigu comme au grave.
« (...) M. Sax a aussi créé
la classe des saxophones, instruments de cuivre avec un
bec à anche simple, dans le genre de celui de la clarinette.
Leffet de ces nouveaux instruments est dun charme
égal à loriginalité de leurs sons,
et ils portent au plus haut degré de perfection la voix
expressive.
« Il faut reconnaître que ses clarinettes basses
et contrebasses, en bois et en métal, sont des inventions dune
valeur inestimable.
« (...) Son basson de cuivre, avec un nouveau
système de clefset de trous, est vraiment parfait. (...) « Enfin,
M. Sax a ajouté aux bugles-horns (clairons) des musiques dinfanterie,
une série de tubes portatifs, qui, adaptés à ces instruments,
les transforment en clairons à pistons de différents tons (...).
« On trouve encore dans les considérations générales
du rapport (p.331), le passage suivant :
« Les instruments exposés par M.
Sax, de Paris, réalisent un grand progrès ; car,
non-seulement beaucoup dentre eux, tels que les french-horns
(cors), trompettes et trombones, possèdent une puissance,
un strident (sharpness), et une impressivité (impressiveness),
obtenus, en grande partie, par leurs nouvelles proportions (ce
qui prouvera que ce nest pas lespèce de métal
mis en vibration par le souffle qui influe notablement sur la
nature du son, et que ces résultats heureux sont plutôt
produits par une modification perfectionnée des formes)
; mais beaucoup dautres, notamment les saxhorns, possèdent
une qualité ey une richesse de son quon navait
pas entendues avant lintroduction de ces instruments par
M. Sax È.
On a peine à comprendre comment M. Sax a pu trouver le
secret de mériter et de conquérir de pareils suffrages
au milieu de toutes les luttes quil a eu à soutenir
depuis son arrivée dans notre pays. Et cependant, ce nétait
pas assez pour lui de ces résultats déjà
si importants. Depuis qua été écrit
ce rapport, M. Sax a inventé et fait connaître les
Saxtubas, dun si prodigieux effet dans le Juif-Errant
; il a imaginé un nouveau système de timbales au
moyen desquelles on peut exécuter une harmonie en quatre
parties, comme cela se pratique avec le quatuor des instruments
à cordes ; enfin, il a inventé plusieurs nouveaux
instruments à vent aussi ingénieux quutiles.
top
N°21 du 22 mai 1853
p. 169. M. SAX avait réuni mardi dernier dans ses salons
de la rue Saint-Georges des artistes, des littérateurs,
des gens du monde. Le père du célèbre inventeur,
connu lui-même en Belgique comme un des plus ingénieux
facteurs dinstruments, faisait entendre pour la première
fois un piano dune puissance merveilleuse, qui a été
successivement touché par Louis Lacombe, par Fumagalli
et par Brisson. Linstrument qui rendait des sons si admirable
était un vieux piano droit en assez mauvais état.
M. Sax père lavait transformé par un procédé
simple qui, comme toutes les choses simples, ne pouvait être
découvert que par un homme de génie. Le violon est
un instrument de très petit volume dont la sonorité
est bien grande. La guitare, au contraire, ne rend que des sons
chétifs. A quoi cela tient-il ? Cest que les cordes
de la guitare sont posées à plat sur la table dharmonie,
tandis que celles du violon sont relevées par un chevalet
aux cordes du piano [sic.........].
Lexpérience faite mardi dernier devant plusieurs
professeurs et des artistes éminents aurait été
décisive, si elle avait été pratiquée
sur un piano à queue. Espérons que M. Sax nen
restera pas là et quil nous prouvera sérieusement
par des épreuves nouvelles que le piano peut devenir à
lui seul tout un orchestre.
N° 21, du 22 mai 1853
p. 187 : CONCERT DHARMONIE -Daprès une nouvelle
organisation dAd. Sax.- La Société dharmonie
composée des meilleurs instrumentistes a donné son
premier concert le 15 de ce mois [mai], au jardin dhiver,
devant un public délite. Le succès a été
complet ; on a été frappé de la supériorité
des instruments de Sax, qui sont maintenant répandus dans
toute lEurope. Rien nest plus merveilleux que leffet
produit avec ces instruments, surtout celui des saxophones, dont
létendue est de trois octaves. Le son est plein,
moelleux, vibrant, dune force énorme et susceptible
dêtre adouci à volonté ; il produit
dans le haut des notes dune vibration pénétrante
qui ajoute heureusement à lexpression mélodique.
Les tenues et les solos exécutés avec ces instruments,
dans les fantaisie de Zanetta et Giralda, ont été
fort admirés.
Pour juger convenablement de la supériorité de
ces instruments, il faut entendre louverture de Zampa,
dHérold, et aussi celle du Carnaval Romain
de Berlioz. Rien nest plus admirable dexécution,
surtout pour les amateurs qui connaissent lextrême
difficulté qui existe dans certains passages de cette dernière
ouverture.
M. Lecerf a été fort apprécié dans
les divers solos sur le saxophone-alto, ainsi que M. Auroux sur
le soprano ; M. Dortu sur son immense contrebasse fait frissonner,
tant leffet est prodigieux ; M. Arban, le célèbre
cornet à pistons, a fait des traits de violon dans Zampa
avec une justesse et un sentiment dexpression admirables.
Toute la musique a été arrangée habilement
par M. Mohr pour la nouvelle organisation de Sax, qui laisse bien
loin derrière lancien système des combinaisons.
Mlle Dussy, de lOpéra, et Mlle J. Montigny ont chanté avec un
goût exquis plusieurs romances qui ont été fort applaudies.
Nous apprenons avec un véritable plaisir quun nouveau
concert aura lieu dimanche prochain, 29 mai ; nous engageons MM.
Les artistes de la Société dharmonie à
nous donner les mêmes morceaux, surtout louverture
du Carnaval romain, de Berlioz, et celle de Zampa.
N° 24, du 12 juin 1853
pp.210/11 : SOCIETE DE LA GRANDE HARMONIE - Au Jardin dHiver-
Je confesse que la famille Sax laisse peu de repos à ma plume.
Dernièrement, il sagissait du système fécond appliqué au piano
par M. Sax père (lEmpereur a voulu entendre à Saint-Cloud le
nouveau piano, et a témoigné tout son intérêt à lheureux inventeur)
; aujourdhui, il sagit de MK. Adolphe Sax et de ses enfants
dairain et de cuivre, grands et petits ; car Dieu merci, innombrable
est sa postérité !
« M. Sax est persuadé que dans les arts il ne sagit pas seulement
de créer et dinventer, -beaucoup de gens ont fort bien fait leur
chemin sans se donner cette peine-là- il pense quil faut manifester
ses créations le plus souvent possible devant le public, afin
de lhabituer peu à peu à accepter ce qui est vrai, ce qui est
logique, ce qui est excellent, à la place des vieilles erreurs,
des séculaires routines auxquelles il porte une affection si particulière
et si dévoués. M. Sax a eu donc une heureuse idée en choisissant
pour la manifestation de ses découvertes une salle plus grande
que celle quil a fait construire rue Saint-Georges, où toutes
les sommités de lart se sont réunies, il est vrai, pour entendre
ses instruments, mais qui ne lui offrait pas toutes les conditions
de publicité dun plus vaste local. Cest le Jardin-dHiver que
M. Sax a choisi pour théâtre ; cest là quaprès avoir organisé
une Société dinstruments de cuivre, absolument selon ses vues,
il nous a mis à même dapprécier les résultats obtenus et de constater
une fois de plus les services rendus à lart par son infatigable
ardeur.
« La musique de la Société de la Grande Harmonie (cest
son titre), est ainsi composée : flûte, petite flûte, deux hautbois,
deux petites clarinettes, quatre clarinettes, quatre saxophones,
soprano, alto, ténor, basse, une clarinette basse, deux petits
sax-horns en Mib, deux sax-horns contraltos en Sib, quatre saxo-trombas
en Mib, deux sax-horns barytons en Sib, deux sax-horns basse en
Sib, deux sax-horns contrebasse en Mib, grand sax-horn contrebasse
en Sib (celui-là, cher lecteur, je vous le recommande lorsque
vous aurez à entendre sa puissante et solennelle voix), deux cornets
à pistons, deux cors, deux trompettes à cylindre, trois trombones,
les timbales, la grosse caisse, etc., etc.
« Lorganisation de cette musique, si M. Sax eût augmenté le
nombre des instruments aigus, des flûtes, hautbois et clarinettes
(ceci est lobjet dune vieille querelle entre linventeur et
moi), réaliserait la perfection. Rien de suave, de doux, de modéré
dans sa puissance, de puissant dans sa douceur, comme ce vaste
ensemble que, partant des extrémités du grave, monte aux confins
de laigu par une série non interrompue déchelons sonores. Rien
de plus extraordinaire aussi que dentendre ces instruments de
cuivre, autrefois si limités dans leurs moyens, et quant à la
justesse et quant à la rapidité, et, surtout quant à la délicatesse
des nuances, exécuter des morceaux primitivement composés pour
des instruments à cordes, avec la précision dun violon ou dun
violoncelle.
« Cest dans louverture de Zampa que
ces qualités incontestables se sont particulièrement
révélées. En disant que le public tout entier
a été frappé de la puissante sonorité
de la nouvelle musique, je ne dirai rien que tout le monde ne
sache ; mais ce qui a le plus frappé les artistes, les
gens dévoués au progrès de la musique, cest
la perfection des nuances, perfection si grande quil était
difficile dimaginer que des instruments de cuivre pussent
y atteindre. Ainsi les accords pp et appogiatti des saxhorns,
accompagnant la clarinette, avaient toute la délicatesse
du quatuor le plus subtil, et plus tard vient à éclore
la mélodie vive et entraînante du finale, le saxhorn
en Sib, sous les lèvres de M. Arban, le Vieuxtemps de la
trompette, navait rien à envier au roi des instruments,
au violon, en délicatesse et en grâce.
« Jai choisi, pour métendre un peu,
cette ouverture de Zampa ; mais dans toutes les autres
Ïuvres qui figuraient au programme, la fantaisie sur Giralda,
louverture du Carnaval romain, etc. ; lexécution
a été également remarquable. Cest M.
Mohr qui était chargé de la diriger, et je suis
heureux de pouvoir féliciter cet artiste, aussi bon compositeur
que chef dorchestre habile.
« Tout au fond de ce délicieux jardin, à moitié cachée par les
longues feuilles des lataniers et des bananiers qui croissent
dans ce paradis, comme dans leur pays natal, la fanfare du 8°
bataillon de chasseurs alternait avec les morceaux exécutés par
la Société de la grande harmonie. Cette fanfare présentait le
fait extraordinaire quelle ne déchirait par loreille, et quau
contraire les sons, tamisés par la distance et le feuillage, se
déroulaient avec autant de douceur que de puissance. Lorganisation
de cette fanfare est des plus ingénieuses. Linstrument dans on
état naturel, cest le clairon, le simple clairon, qui sonne le
réveil, la diane ou la soupe. Armé dune pièce additionnelle,
linstrument devient alors, au gré de lexécutant, basse, ténor,
contralto ou soprano dharmonie. Il en résulte donc quavec des
instruments tous de dimensions égales, léchelle sonore se trouve
occupée tout entière. Il en résulte aussi que les musiciens se
trouvent débarrassés du poids gênant des ophicléides et trombones
usités autrefois dans les fanfares.
« Là où les lions rugissent, les rossignols devraient se retirer
prudemment sous lombre des bois. Cela na pas empêché M. Coulon,
de lOpéra-Comique et M. Cornélis dobtenir du succès dans divers
morceaux quils ont interprétés.
« A cette seconde matinée assistait un public délite, au milieu
duquel jai remarqué M. le baron Charles Dupin, M. le baron Taylor,
le préfet de la Seine, M. Jobard de Bruxelles, un grand nombre
de généraux, de colonels et dofficiers. Cet empressement est
de bon augure pour lavenir. Du jour où lon se décide à venir
entendre la musique de M. Sax, sa cause est gagnée ; mais encore
faut-il quelle sois plaidée, et elle la été victorieusement
jeudi dernier [7 mai] : aujourdhui je nen suis que le rapporteur.
Mais que ne suis-je lun des juges ! Jamais boule blanche plus
sincèrement donnée au génie ne serait tombée dans lurne !
Léon KREUTZER.
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N°26 du 26 juin 1853
p.210, J. MARTIN DANGERS explique : « assez près dune
des extrémités les cordes sappuient, dans leur tension, sur un
chevalet dont la base repose elle-même sur la table dharmonie
È.
N° 26, du 26 juin 1853
p.227/28 :CONCOURS DORPHEONS et de musiques dharmonie
à Fontainebleau -le dimanche 19 juin- (...) Suivant lhabitude,
habitude très louable et très digne dêtre
suivie, la fête a commencé par une grandmesse
en musique. (...). Après la grandmesse, le cortège
des sociétés concurrentes, escorté dun
détachement de gendarmerie à cheval et de la compagnie
des pompiers de Fontainebleau, a traversé processionnellement
la ville, chaque société précédée
de sa bannière, chaque sociétaire paré de
ses insignes, se rendant de lembarcadère du chemin
de fer à la place du château. (...).
« Le Grand-Manège et la salle de spectacle ont été
le théâtre du concours des sociétés
chorales ; la place du Palais de justice et le parterre, celui
du concours des musiques dharmonie. (...).
Le jury pour les trois autres divisions des musiques dharmonie,
dont le concours avait lieu dans le parterre du parc, se composait
de MM. Klosé, président, Artus, Dauverné,
Cokken, Forestier, Triebert, Urbain, de Greffulhe et Megnin (ces
deux derniers, membres lun de la commission départementale,
lautre de la commission locale). (...).
« A six heures du soir, les opérations des différents
jurys étant terminées, tout le monde, concurrents
et public, sest réuni dans la grande cour historique
des Adieux, où devaient être solennellement proclamés
les noms des vainqueurs. (...).
« La distribution des prix a été précédée
dune fantaisie pour musique militaire sur le chÏur du second
acte du Comte Ory, arrangée par M. Klosé, dite sous
sa direction par tous les corps de musique dharmonie réunis.
Les prix ont été décernés ainsi quil
suit : (...) CONCOURS DE MUSIQUES DHARMONIE.- Division supérieure
; première section ; prix unique : le Corps de musique
du 7° dragons dirigé par M. Dumay. Une mention
honorable a été accordée au Corps de musique
du 6° hussards, dirigé par M. Martin. Deuxième
section ; prix unique : le Corps de musique des pompiers de
Lille, dirigé par M. Bénard ; troisième
section ; prix unique : la Fanfare du 8° bataillon de chasseurs
de Vincennes.
Division spéciale ; prix unique : la Société
dharmonie de Paris, organisée daprès
le système Sax, dirigée par M. Mohr. (...)
« Le nombre total des Sociétés chorales qui
sétaient fait inscrire cette année au concours
musical de Seine et Marne, sélevait à quarante
; celui des musiques dharmonie à vingt et un.
« (...). Georges BOUSQUET
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N°30 du 24 juillet 1853
p.239/40 LA GRANDE HARMONIE SAX - A Lille - La Société de la
Grande Harmonie, organisée par Adolphe Sax, et composée de ses
instruments, vient de remporter à Lille un triomphe dont aucune
expression ne saurait donner lidée ; il nous est arrivé dassister
à bien des ovations musicales, mais nous navons pas souvenir
dun pareil enthousiasme de la part de lassistance, et il faut
le dire, dune pareille perfection de la part des exécutants.
Voici quel était le programme du concert : Marche du
Prophète.... Harmonie ; Fantaisie sur Giralda.....
Harmonie ; Fantaisie sur Robert le Diable... ... Fanfare
; Air varié... ... ... Harmonie ; Fantaisie sur
Zanetta........ Harmonie ; Fantaisie sur lEnfant
prodigue... Fanfare ; Ouverture du Carnaval Romain...
... Harmonie ; Fantaisie sur Norma... .... Fanfare ; Ouverture
de Zampa..... Harmonie.
Des salves dapplaudissements frénétiques, des cris, des interruptions,
des bis ont accueilli chacun des morceaux, tant ceux de la fanfare
que de lharmonie complète. La puissance, léclat, la précision
des ensembles le disputaient à la délicatesse des soli, car la
société qui compte autant de musiciens hors ligne que de membres,
a eu lexcellent esprit de mettre son talent en commun et de sacrifier
la vanité individuelle à leffet général.
MM. Auroux et Printz se sont particulièrement distingués, le
premier sur le saxophone soprano, le second sur le saxophone alto.
On a beaucoup admiré la qualité de son et le style de M. Romedène
sur le hautbois ; MM. Brunot et Magniez sur la flûte ; M. Minart
sur la clarinette ; M. Scholtmann sur le saxhorn contralto en
sib ; M. Ory sur le piston, ont été appréciés à leur valeur. Quant
au formidable quatuor de basses représenté par MM. Holtzem, Moreau,
Dantonnet et Dortu, il a pareillement conquis tous les suffrages,
et, en particulier, M. Dortu qui jouait la colossale contrebasse
en sib à loctave grave de lophicléide ; sans préjudice du saxophone-basse
dune puissance et dun moelleux si remarquables entre les mains
de M. Rose.
Au reste, nommer quelques artistes de la société cest presque
sa rendre coupable dinjustice envers ceux quon passe sous silence,
tant ils ont tous droit aux mêmes éloges et sont solidaires dans
le succès ; aussi nous décidons-nous à donner ci-après la composition
des deux orchestres.
Composition de lharmonie Sax. : 1 petite flûte, 1 Fl. 2 Htb.
2 petites clar. Et 4 clar. 4 saxophones : Auroux (soprano), Printz
(alto), Deshayes (ténor) Rose (basse). 1 Nouvelle clar-basse ;
2 petits saxhorns en Mib, 4 Sax-trombas en Mib, 2 Saxhorns baryton
en Sib, 2 Saxhorns basse en Sib, 2 saxhorns contrebasse en Mib,
1 Grand saxhorn contrebasse en Sib. 2 Cornets à pistons, 2 Cors,
3 Trombones, 1 Timbalier, 1 Grosse caisse & cymbale, 1 Castagnettes,
1 Triangle & Tambour de basse.
Composition de la Fanfare Sax :
2 Saxhorns en Mib, 2 Saxhorns en Sib, 4 Sax-Trombas en Mib, 1
Saxhorns en Sib, 2 Saxhorns basse, 2 Saxhorns en Mib, 1 Grand
saxhorn en Sib, 2 Cornets à pistons, 1 Trompette, 1 Trombone.
Il nest pas indifférent de faire observer quà côté des morceaux
confiés à lharmonie, la fanfare de cuivre, composée seulement
de 17 artistes jouant presque tous du saxhorn, na rien perdu
de son éclat et de sa beauté ; elle a été criblée de bravos tout
comme sa redoutable rivale.
Voici comment sexprime le Nord, journal de Lille, en rendant
compte de cette intéressante solennité.
Association musicale - concert du 18 juillet [1853]. « La Société
de la Grande Harmonie a donné hier soir son concert. La salle
de la rue Esquermoise ne pouvait contenir les auditeurs empressés
venus non-seulement des villes voisines, mais des départements
limitrophes et même de la Belgique. Parmi les étrangers, nous
avons remarqué M. Bender, chef de musique des guides de Bruxelles,
et plusieurs chefs des principales société harmoniques. De bonne
heure la salle a été envahie ; le jardin était à moitié plein.
Le succès a été colossal.
Dès le début du premier morceau, nous étions sous le charme dune
exécution supérieure sous tous les rapports. A chaque intervalle,
trois ou quatre salves dapplaudissements faisaient trembler la
salle de lAssociation.
Sept morceaux dharmonie et deux fantaisies pour fanfare
composaient le programme. Comme morceaux densemble, nous
citerons louverture du Carnaval romain, lune
des plus enchevêtrées, des plus compliquées
et des plus difficiles qui soient sorties du cerveau de Berlioz,
le grand créateur de nÏuds gordiens. Plus dune société
philharmonique en a tenté lépreuve sans pouvoir
parvenir à lexécuter même avec les ressources
de lorchestre complet. Confier un morceau pareil à
des instruments à vent, cest une singulière
témérité. Elle a été justifiée.
Là, comme dans louverture de Zampa, comme
dans les fantaisies sur et sur Giralda, nous avons admiré
la précision, le rythme, les articulations. Les nuances
les plus délicates étaient rendues. Les solos de
hautbois et de flûte exécutés pianissimo étaient
accompagnés, soutenus, sans être jamais couverts
par les instruments de cuivre les plus puissants. Lénorme
contrebasse Sax, dont le pavillon est triple de celui des ophicléides,
rend les parties daccompagnement de telle sorte que lon
croirait entendre le coup darchet ou le pizzicato. Le solo
de violoncelle du 3° acte de Robert le Diable a produit
une illusion complète.
Mais le morceau le plus intéressant a été lair varié écrit à
la hâte par M. Mohr, et appris en trois jours. Nos lecteurs connaissent
les noms des artistes qui se sont fait entendre. Pour leur rendre
justice, il faudrait les citer tous. La variation de saxhorn a
été bissée par le public, et malgré la fatigue M. Ory la recommencée
avec le même bonheur. Le largo écrit pour deux flûtes a fourni
à deux artistes de premier ordre, MM. Brunot et Magniez, loccasion
de développer toutes les ressources de la flûte cylindrique. Cet
instrument, repoussé encore par quelques artistes esclaves de
la routine, est incomparablement supérieur pour la beauté et lampleur
du son ; il offre des ressources auxquelles le talent ne peut
suppléer. MM. Brunot et Magniez ont encore exécuté une variation
pour deux petites flûtes, véritable bijou, prodige de légèreté
et daudace qui a obtenu un succès monstre.
Au reste, les variations comme le reste du concert semblaient
un défi jeté à la difficulté. Jamais on na joué avec un dédain
pareil entre tous les écueils de lart. Jamais audace na été
plus heureuse È.
Ce témoignage dadmiration paraîtra dautant moins suspect, que
nos grandes cités du Nord, ont comme chacun sait, des prétentions
à la suprématie, en fait de musique pour instruments à vent.
La société la plus brillante se pressait à cette fête qui fait
le plus grand honneur à M. Sax, et dont la ville de Lille gardera
longtemps le souvenir.
Signé A.B.
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N°30, du 24 juillet 1853
pp.261/62 : CONCOURS DE LA MUSIQUE SAX à Lille.- Il y
a des artistes et des inventeurs qui se contentent daccepter
la lutte ; il y en a dautres qui vont au-devant delle.
M. Adolphe Sax est de ces derniers. Pénétré
de cette légitime conviction que ses instruments doivent
réaliser dans un court espace de temps dimmenses
avantages pour lart musical, il nhésite pas
à sen aller au loin convaincre, sinon les incrédules,
les indifférents du moins. Lon sait que M. Sax a
organisé, absolument selon ses vues (il navait pas
cette fois de commission pour lentraver), une musique, celle
de la Grande harmonie, qui a fait vaillamment ses preuves,
cette année au Jardin dHiver. Cest cette même
société qui, lundi dernier [18 juillet], se rendait
à Lille avec son fondateur M. Sax, avec son habile chef
dorchestre M. Mohr, pour prouver que Paris est et demeurera
toujours la capitale de lart, du goût et aussi des
valeureuses tentatives. On ne peut nier que larrivée
de M. Sax et de sa troupe nait soulevé quelque
opposition dans la presse lilloise, opposition qui sexplique
dailleurs ; mais ce qui est certain, cest que rarement
le mérite a triomphé avec plus dunanimité
et plus déclat.
« Le concert a eu lieu dans une salle fort grande où se pressait
(où sétouffait, on pourrait le dire) la société la plus distinguée
de Lille et où lon remarquait des généraux, des officiers et
plusieurs chefs de musique des départements voisins et même de
Belgique, entre autres M. Bender... ... ... ... ..
« Le programme du concert de Lille était aussi brillant que varié
; il se composait de sept morceaux dharmonie et de trois fantaisies
pour la nouvelle fanfare de M. Sax ;... ... ... ... .. les solos
de saxophones, qui étaient confiés à MM. Printz, Auroux et Rose
(...).
« Voici des années que M. Sax soutient une lutte persévérante
contre des opinions qui peuvent être sincères, mais qui nen sont
pas moins funestes à lart musical, car elles limitent son essor.
Le système de M. Sax est parfait et complet. Partout où il a présenté
ses instruments, on les a jugés les mieux construits ; partout
où il a présenté sa musique, elle sest trouvée la meilleure de
toutes. Avec ladoption du système Sax dans nos orchestres, dans
larmée, plus de gêne, plus dentraves pour les compositeurs ;
ils nont quà laisser leurs pensées sépandre et ils sont sûrs
de rencontrer un interprète docile et fidèle. Pourquoi donc alors
des oppositions et des luttes ? Serait-ce que léclat de la vérité
qui ravit les yeux clairvoyants, offense les yeux malades de sa
vive et lumineuse clarté?
Léon KREUTZER.
p.264 : L Jardin dHiver donne trois soirées musicales par semaine,
les mercredis, vendredis et dimanches. Les concerts sont variés
et égayés par une harmonie militaire. Son odorante et fraîche
orangerie offre une oasis où tous les plaisirs sont réunis. Aujourdhui,
24, grande soirée.
N° 32, du 7 août 1853
pp.275/76 : CONCERT ORGANISE A LILLE pour la société
Sax.- La rapide apparition de la Société de la
Grande Harmonie, dont M. Sax est le fondateur et M. Mohr le
chef, aura laissé dans lesprit des Lillois de durables
souvenirs. De toutes parts il narrive des renseignements
qui prouvent le retentissement (retentissement est bien le mot
lorsquil sagit des foudroyants instruments de M. Sax)
qua obtenu, dans sa tentative, le hardi novateur. Seulement,
vu la promptitude de son arrivée et la rapidité
de son départ, les artistes, les amateurs qui sintéressent
aux progrès de la musique dharmonie, nont pu
quéprouver la vive sensation dun concert, et
que sinformer des moyens à employer pour perfectionner
les musiques militaires de la grande cité de Lille. Ces
artistes, ces amateurs ont pensé quil importait que
M. Sax pût revenir dans leurs murs y séjourner plus
longtemps et y donner plusieurs concert qui servissent pour ainsi
dire denseignement pratique aux différentes musiques
qui existent dans cette ville animée dun si grand
zèle pour la cause de lart. Aussi, immédiatement,
des souscriptions se sont ouvertes de toutes parts pour réaliser
une somme digne dêtre offerte en indemnité
aux artistes de la Société Sax, et pour organiser
à leur intention une série de concerts qui sont
déjà attendus avec le plus grand empressement. Si
lon se rappelle que, par une décision au moins singulière,
la musique des pompiers de Lille a remporte le prix, au concours
de Fontainebleau, sur la musique de Sax, on reconnaîtra
quil y a quelque générosité à
cette ville à proclamer aussi hautement lincomparable
supériorité de cette dernière.
« Quune ville telle que Lille couvre facilement par une souscription
les frais de déplacement dun si grand nombre dartistes, cela
se conçoit ; mais ce qui se conçoit moins, cest que plusieurs
villes du département dont les ressources sont infiniment bornées,
aient fait appel également à la Société de M. Sax. Puis lintérêt
et la curiosité gagnant, la ville de Bruxelles et dautres villes
de Belgique ont conçu le projet de convier la Société à des solennités
spécialement organisées pour elles. Quon se figure il y a vingt
ans la Société des Concerts du Conservatoire de Paris formant
le noble projet de populariser lart en France, de gratifier chaque
ville de quelque importance, dun type conforme aux plus pures
traditions classiques ; quon se figure cette Société parcourant
ainsi toute la France, partout accueillie, fêtée, partout rectifiant
lerreur (...). Eh bien ! dans une autre sphère, cest là ce que
la Société de la Grande-Harmonie se verra bientôt en mesure daccomplir.
La musique dharmonie est trop récemment perfectionnée encore
pour que nos grands compositeurs aient écrit dans ce genre des
morceaux qui puissent être réputés classiques. Ce nest donc point
le type dune tradition qui nexiste point encore que la Société
aura à révéler aux villes de France et de Belgique, mais celui
dune exécution admirable quant à la force, à la légèreté, à la
puissance, à la perfection, à lensemble. Les compositions classiques
viendront plus tard, le quatuor, la symphonie. Les compositeurs
ont maintenant linstrument sous la main, et ils ne négligeront
pas de sen servir.
« (...). Espérons donc que la Société de la Grande-Harmonie,
qui reçoit de tous côtés des marques dencouragements, en recevra
aussi de la ville où elle est née. La ville de Paris en sera un
jour fière pour ne pas lui servir de marraine et lui donner son
nom.
Léon KREUTZER.
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N° 35, du 28 août 1853
p. 303 : NOUVELLES.- La musique des guides fait fureur
à Dieppe ; elle joue presque tous les soirs, soit dans la cour de
lHôtel-de-Ville, pendant le dîner de Leurs Majestés ; soit sur
la place du Théâtre, soit enfin à létablissement. Une musique de
bataillon de chasseurs de Vincennes, cest-à-dire exclusivement
composée dinstruments de cuivre, a su, malgré linfériorité en
nombre, mériter aussi les applaudissements des amateurs qui se groupent
sur les places autour de cette bande de musique militaire. On sait
que la musique est organisée avec les instruments de M. Sax et daprès
son nouveau système dorganisation. La fanfare du 8° chasseurs à
pied est également organisée, à titre dépreuve, avec les nouveaux
clairons Sax et daprès sa nouvelle organisation.
N° 36, du 4 septembre 1853
p.311 : NOUVELLES.- Le départ de la musique des Guides
pour Dieppe avait été décidé à la suite de la brillante revue du
15 août. Le convoi, trop chargé, sétant arrêté forcément pendant
une heure à la gare de Maromme, la musique employa tout ce temps
à faire retentir les échos de la vallée et accourir toute la population
dalentour. A Dieppe, elle joue pendant le dîner de lEmpereur,
qui, pour sortir incognito, lenvoie souvent sur dautres points
de la ville, et veut bien la céder trois fois par semaine aux baigneurs.
Cette musique na pas eu moins de succès dans un concert donné chez
Sa Majesté. On sait que la musique des Guides est organisée daprès
un nouveau système dAd. Sax. La fanfare du 8° bataillon de chasseurs,
qui est également organisé daprès un nouveau système et avec des
nouveaux clairons-Sax, trouve, malgré le succès colossal de la musique
des Guides, le moyen de se faire applaudir.
N° 43, du 23 octobre 1853
p.374 : UNE AUDITION DE LA MUSIQUE DES GUIDES Chez Adolphe Sax.-
Par cela même quil y a concours, luttes de musiques militaires
entre nos différents régiments dinfanterie ou de cavalerie, il
y a progrès, émulation. La place Vendôme, les Tuileries, le jardin
du Palais-Royal ont réuni chaque soirée de la belle saison qui
vient de se passer tout ce quil y a damateurs de musique militaire
dans Paris, et il y en a beaucoup qui humaient avec plaisir lharmonie
tour à tour brillante et suave de cette musique ; mais depuis
les tristes jours doctobre, la verdure et les chants ont cessé.
Ces voix cuivrées et vibrantes, forcées de ne se manifester quà
lintérieur, nen sont que plus retentissantes, et, par conséquent,
plus brillantes. La musique du régiment des guides, que nous avons
entendue lundi passé [17 octobre] dans la salle Sax, a produit,
sous la direction de son habile chef, M. Mohr, le plus bel effet
par le choix des morceaux qui ont été dits, et par lensemble
dune parfaite cohésion.
« Quatre écoles, quatre manières, quatre individualités, se sont
produites dans cette séance où lon a exécuté louverture de Zampa,
dHérold ; un arrangement de la musique de Giralda ; une
Danse aux flambeaux, par Meyerbeer ; et louverture du
Carnaval Romain. Le début plein de fougue de louverture
de Zampa a été attaqué avec laudace quy déploient ordinairement
les hardis violonistes de nos meilleurs orchestres, et les appels
qui interrompent ce début ont mieux exprimé que dans lorchestre
les voix infernales, admirablement rendues par les voix cuivrées
des saxhorns et des saxophones. Et, pour ne pas quitter les choses
infernales, toutes les difficultés diaboliques de louverture
du Carnaval romain, de Berlioz, ont été vaincues, surmontées,
on pourrait dire avec un bonheur inou•, si le talent, la patience,
les répétitions soigneuses de ces instrumentistes exceptionnels
et de leur digne chef, M. Mohr, navaient obtenu ce beau résultat.
Aussi, après ce tour de force dexécution, la musique légère,
brillante et populaire de Giralda na paru quun jeu pour
les exécutants, et ils ont été applaudis par les amateurs du brio
et de cette musique vive, alerte, claire et à la portée de tous
les auditeurs. Mais cest surtout dans le morceaux de Meyerbeer,
la Danse aux flambeaux, que lorchestre, car cest vraiment
un orchestre, a déployé tout le luxe des sonorités les plus diverses.
Flûte suave, violoncelles mystérieux, contrebasse puissante ;
les saxhorns de toutes tailles, de toutes dimensions, remplacent
le son des divers instruments de lorchestre de manière que loreille
la plus exercée sy méprenne. Quant au style de ce morceau, le
maître sy est révélé dans toute la puissance, la richesse, le
pittoresque et léclat de son savoir instrumental.
Henri BLANCHARD.
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N° 44, du 30 octobre 1853
p.384 : NOUVELLES.- Une seconde audition de la Danse
aux flambeaux, de Meyerbeer, exécutée par la Musique
des Guides, a eu lieu chez Sax, en présence de M. Fétis.
Leffet de cette composition a été plus merveilleux,
plus entraînant encore que la première fois et, en
constatant le mérite des artistes, on a plus que jamais admiré
celui dun morceau instrumental où la mélodie
abonde, et où les cuivres chantent absolument comme des voix.
N°50, du 11 décembre 1853
p.430 : AUDITIONS MUSICALES. Concert donné au bénéfice
des incendiés du 7° arrondissement par lorchestre
dAdolphe Sax. -Première audition de la Marche
aux flambeaux - Nouvelle composition de Meyerbeer.- Bien que
lart musical soit, de notre temps, à lapogée
de linstrumentation, il est peu de compositeurs qui sachent
bien manier un orchestre dinstruments en traitant avec un
peu de logique une pensée musicale. Dans ce petit nombre
se place au premier rang lauteur de la trilogie lyrique
de Robert-le-Diable, les Huguenots et le Prophète.
Comme compositeur instrumental et de musique militaire, il résume
tous les genres, en conservant son individualité dramatique,
dans la Marche ou Danse aux Flambeaux (Fackeltanz),
exécutée à Berlin aux fiançailles
du prince de Hesse-Cassel avec la princesse Anne de Prusse. Cette
marches, que jai vu marcher à lempereur
de Russie, tenant une dame par la main, commence dans lÏuvre
de Meyerbeer par un brillant appel de trompettes à lunisson
; et puis, une entrée générale et splendide
de tout lorchestre annonce aussitôt les magnificences
qui vont surgir de cet orchestre à voix guerrières.
Tout en conservant la pompeuse gravité de la polonaise,
le compositeur se livre aux rythmes les plus capricieux et toujours
mélodiques. (...) On remarque surtout, au milieu de ces
splendeurs mélodiques, un chant large exécuté
par tous les saxophones, qui rivalisent la voix noble et impressionnante
des violoncelles. Ce chant est délicieusement accompagné
par un trait de trompette en triolets, broderie harmonique de
la plus rare élégance. Les imitations répondues
à la suite de cette mélodie par dautres instruments
sont pleines de cette grâce scientifique qui plaît
tant aux doctes dans tous les genres de musique. Limpression
a été telle, que tous les auditeurs, dune
voix unanime, ont demandé bis. Et leffet de
ce drame instrumental a été plus grand encore à
la seconde audition.
« Les autres morceaux de ce concert philanthropique ont
aussi produit beaucoup deffet, et ont été
vivement applaudis. Louverture du Carnaval romain,
symphonie pleine de verve et de fantaisie, si bien arrangée
par Mohr pour lorchestre dAdolphe Sax, et exécutée
avec tant de précision et de chaleur, a été
saluée de nombreux applaudissements, ainsi que la fantaisie
sur Giralda et louverture de Zampa.
« [ensuite, des airs chantés et une fantaisie pour piano et Èle
prélude de Bach arrangé par M. Gounod È]
« (...). Enfin, la Bénédiction des poignards,
morceau pris dans le quatrième acte des Huguenots, et dramatiquement
arrangé pour cet orchestre énergique qui traduisit
si bien tous les effets de la scène, a terminé dignement
ce beau concert qui a mis en plein relief toute la valeur de lorchestre
de Sax, et réuni au mérite dune bonne action
la première audition de la Marche aux Flambeaux
de Meyerbeer.
Henri BLANCHARD
-p.431 : ACADEMIE IMPERIALE DE MUSIQUE - Représentation extraordinaire
- La Marche aux Flambeaux : Cette représentation extraordinaire
avait pour but de solenniser ladieu momentané de la Rosati qui,
à peine arrivée, séloigne de nous, mais pour nous revenir dans
peu de mois. (...).
« Ensuite ladmirable orchestre dAdolphe Sax, sous la direction
de M. Mohr, a exécuté cette ravissante fantaisie sur un thème
tyrolien, tant applaudie à la salle Sainte-Cécile dimanche dernier
[4 décembre], et réapplaudie à lOpèra, tant pour le mérite de
la composition que pour celui de tous ces habiles instrumentistes,
qui deviennent solistes chacun à son tour, et se disputent la
palme de leur art.
« (...) Aux fragments [du Barbier de Séville chantés par Mme
Bosio] a succédé la Marche aux Flambeaux, de Meyerbeer,
admirablement rendue, comme à la Sainte-Cécile, par cet excellent
orchestre quAdolphe Sax est parvenu à former, à discipliner,
comme un artiste supérieur était seul en état de le faire. La
Marche aux Flambeaux est une grande et belle chose, dans laquelle
le génie du maître se retrouve partout. Heureux les princes qui
peuvent commander de telle musique, et dont les fiançailles se
célèbrent au bruit noble et majestueux dune telle harmonie !
La Marche aux flambeaux a été saluée, comme elle devait
lêtre, sur un théâtre qui attend un quatrième ouvrage de lauteur
de Robert-le-Diable, des Huguenots et du Prophète.
R.
N° 52, du 25 décembre 1853
p. 447 : SOCIETE SAINTE CECILE -et auditions musicale- Le second
concert en dehors de labonnement annuellement consacré à lexécutions
des Ïuvres des compositeurs contemporains, a été donné dimanche
dernier [18° décembre] par lintéressante Association dirigée
avec autant de zèle que de talent par M. Séghers.
« (...). Ce finale [une symphonie anonyme], outre plusieurs
éléments de succès, avait, au reste celui de linstrumentation
Sax, formant le second orchestre, brillant auxiliaire qui, bien
dirigé comme toujours par M. Mohr, a jeté tout léclat de sa puissante
sonorité sur le dernier morceau de lÏuvre nouvelle, qui promet,
on peut le dire, un bon compositeur de plus à la Belgique. Et
à propos des instruments de cuivre rendus souples comme des voix
humaines par lhabile facteur, à propos de sa salle, nous ne devons
pas oublier... UNE MATINEE MUSICALE DONNEE AU BENEFICE DES ENFANTS
DE M. EDOUARD FITTE.
- p. 451 : NOUVELLES.- Dans le concert donné dimanche
dernier [18 décembre] au Jardin-dHiver par le
Ménestrel, lorchestre de Sax na pas produit
moins deffet par son admirable ensemble et la perfection
de ses détails quà la salle Sainte-Cécile.
La Marche aux flambeaux, de Meyerbeer, a continué
son succès de vogue et denthousiasme.
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