REVUE ET GAZETTE MUSICALE de Paris 1850

N° 3, du dimanche 20 janvier 1850

p. 22 : NOUVELLES.- M. Ad. Sax vient de compléter la gamme du trombone à coulisse en lui donnant un cylindre que l’exécutant fait mouvoir avec le doigt de la main gauche. Ce mécanisme, qu’on aurait dû trouver il y a longtemps, permet au trombone ténor de continuer au grave sa gamme ; chromatique, interrompue depuis le Mi naturel en dessous des portées jusqu’au contre Sib bas, la première des notes dites pédales, si belles et si peu connues. Cette lacune était désastreuse et causait souvent dans les effets d’orchestre les mieux combinés des imperfections graves. Elle est aujourd’hui comblée, et ce service n’est pas un des moindres que l’habile facteur aura rendus à l’instrumentation moderne : les compositeurs seuls peuvent en sentir le prix. M. A. Sax vient également de prendre un nouveau brevet d’invention pour un sifflet monstre à adapter aux locomotives des chemins de fer pour les signaux. Ce sifflet, dont on dirige le son à volonté et exclusivement sur un point donné de l’espace, se fait entendre à des distances incroyables.

N° 20, du 19 mai 1850

p. 171 : SOIREE DE MUSIQUE D’HARMONIE - Chez M. SAX- : Dans une charmante soirée musicale donnée dernièrement dans la salle Sax, d’habiles virtuoses, les musiciens ordinaires de M. Sax, nous ont fait entendre les nouveaux instruments du célèbre facteur. M. Sax a l’heureux privilège d’intéresser vivement les compositeurs et le public. Les compositeurs voient dans ses travaux un élément nouveau introduit dans l’instrumentation, qui leur fournira d’intarissables ressources, et leur permettra d’obtenir des effets inconnus aux anciens ma”tres. Le public, habitué à redouter l’explosion des instruments de cuivre, presque à l’égal du fracas d’une pièce d’artillerie, est heureusement surpris des effets pleins de délicatesse et de charme que M. Sax sait les forcer à produire.

« Jusqu’ici des fantaisie sur des thèmes d’opéra, des boléros, des valses, formaient le répertoire que M. Sax faisait entendre à son auditoire. M. Sax a judicieusement pensé qu’au point de perfection où ses instrument étaient arrivés il était possible de leur confier des œuvres d’une complication harmonique plus grande, d’une plus haute valeur musicale. M. Sax, en un mot, a voulu créer la musique de chambre pour les instruments de cuivre.

« Quelle folie ! eussent pensé les amateurs d’autrefois. Au milieu d’une société intime, à cette place où des virtuoses interprètent les délicats chefs-d’œuvre de Mozart et de Haydn, figureront le trombone mugissant, la trompette au son âpre et dur ! Non, cela n’est pas possible. Quelle contenance singulière aurait un paysan du Danube mêlant sa voix rauque aux fines causeries d’un cercle parisien ? Non, cela n’est pas possible. »

« Cela est fort possible, et M. Sax est entrain de le prouver.

« La symphonie en Ut de M. Bellon, très remarquablement écrite d’ailleurs, est un premier pas dans cette nouvelle voie. Nous ferons remarquer cependant que le nombre des instrumentistes était un peu trop considérable pour les dimensions de la salle, ou peut-être les exécutants se sont-ils quelquefois un peu trop laissé emporter par leur verve. Lorsque l’on obtient des pianos aussi doux, aussi fins, aussi veloutés que ceux que nous avons entendus, on peut également modérer la puissance de la sonorité, surtout dans un petit local. A cette petite remarque près, nous n’avons que des éloges à donner aux exécutants, parmi lesquels figuraient au premier rang, comme solistes, MM. Boulcourt, Schlottmann, Marie et Printz, ce dernier exécutant la partie de saxophone alto, l’une des plus émouvantes voix dont puisse s’enrichir nos orchestres.

« Aux ouvrages symphoniques dont M. Sax compose son nouveaux répertoire, on pourrait joindre avec bonheur des morceaux tirés des auteurs classiques. Ainsi, nous pensons que quelques andantes, quelques scherzi, des quatuors de Haydn et de Mozart, ingénieusement traduits pour un nombre égal de ses nouveaux instruments, produiraient un effet très intéressant. L’amateur habitué à entendre interpréter ces œuvres par les instruments à cordes aux nuances si subtiles, au vol si rapide, apprécierait ainsi tout le mérite de l’habile inventeur qui a su rendre les instruments les plus rebelles capables de soutenir une pareille lutte.

« Nous engagerons cependant M. Sax à ne pas priver absolument ses auditeurs de ces jolis morceaux un peu légers de style, cela est vrai, qu’il nous faisait entendre autrefois, mais dont le mérite est de mettre en saillie une des plus remarquables qualités des instruments de cuivre, la puissance rythmique, qui se perd quelquefois dans des œuvres d’un style plus intrigué.

« Avant de finir, nous n’oublierons pas de dire que les jeunes virtuoses, Henri et Joseph Wieniazski sont venus défendre dans cette soirée les intérêts des instruments à cordes et du piano, auxquels M. SAY cherche à disputer leur supériorité. Ils ont obtenu le plus grand, le plus légitime succès, et, enfants merveilleux qu’ils sont, ils sauront, si les bons avis ne leur manquent pas, acquérir bientôt la réputation de grands et sérieux artistes ».

Signé. : L. KREUTZER.

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N° 34, du 25 août 1850

p. 285 : LE SOLDAT ET LE SAXOPHONE.- Semez les inventions et vous récolterez une moisson de procès, témoin M. Sax, dont le nom retentit sans cesse au palais, depuis cinq ou six ans qu’il est venu nous doter du fruit de ses découvertes. Jeudi dernier la 7me chambre (police correctionnel) avait à s’occuper d’une affaire de contrefaçon du Saxophone par un sieur RIVET de Lyon. Le contrefacteur a été condamné à une amende, à dees dommages-intérêts envers M. Sax, à l’insertion du jugement dans trois journaux. Voici d’ailleurs en quels termes la Patrie rend compte de ce procès envisagé sous son côté plaisant :

Un pauvre diable de soldat est traduit, à son grand étonnement, devant la police correctionnelle, comme détenteur d’objets contrefaits.

M. Sax, le célèbre inventeur d’instruments de cuivre, est plaignant.

Le soldat.- Est-il Dieu possible qu’on me fasse un procès pour ça, et qu’on me confisque mon saxophone ; moi, je ne sais rien de rien. J’étais-t-en garnison à Lyon, dont je venais d’entrer dans la musique du régiment ; je m’en vas chez M. Rivet, ici présent, auquel qu’on lui avait donné à arranger un saxophone du régiment ; je lui dis : « Je veux en acheter un pareil, combien que vous me prendrez ? » Il me fait son prix, et il me dit : « Je vas vous faire un saxophone sur ce modèle-là ». Moi, je n’en pense pas plus long ; quand le saxophone est fait, je le paie de mon argent que ma famille m’avait envoyé. V’la que nous venons à Paris ; moi j’ai besoin de faire arranger mon instrument, je le porte chez M. Sax qui me dit : « Mais, mon garçon, c’est une contrefaçon de mon instrument ça ; je vais vous le faire saisir par huissier. » Effectivement, il s’en va chercher un huissier. « Mais, monsieur, que je lui dis, moi le ne sais pas pourquoi que vous me prenez mon saxophone, je l’ai acheté à M. Rivet, à Lyon, dont je donne son adresse, et voilà ! et j’en suis pour mon instrument que j’ai payé de mon propre argent ».

Le tribunal, sur le réquisitoire du ministère public, renvoie ce pauvre soldat de la plainte, condamne M. Rivet à 400 fr. d’amende et 400 fr. de dommages-intérêts envers M. Sax, et ordonne la saisie de l’instrument contrefait.

Le soldat s’arrachant les cheveux- Nom d’un nom, d’un vingt, d’un nom, d’un vingt... (Le malheureux est tellement suffoqué qu’il ne peut pas trouver la fin de son juron.)

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N° 41 du 13 octobre 1850

p.315. NOUVELLES : SAXOPHONE - CONTREFACON. Un musicien de la ligne nommé Balès, voulant se procurer un saxophone à bon marché, emprunte celui d’un camarade, entre chez le sieur Rivet, facteur d’instruments de musique à Lyon, passage de l’Arc, et lui demande s’il peut lui fabriquer un instrument absolument semblable. « Certainement ! » répond M. Rivet : et quelques jours après, il livre la commande.

Le régiment de Balès change de garnison, et vient à Paris. Le saxophone de Rivet, ayant besoin de réparations, le musicien entra chez le premier facteur venu, qui, par le plus grand des hasards, se trouva être précisément M. Sax, qui, en reconnaissant la contrefaçon, s’empressa de porter plainte contre MM. Bales et Rivet.

« Le Tribunal, après en avoir délibéré conformément à la loi, faisant droit, en ce qui touche Rivet, attendu qu’il résulte des débats, et des aveux même du sieur Rivet, qu’il a, en 1850 contrefait un instrument de musique à vent dit saxophone, dont le plaignant Sax est inventeur breveté ; qu’il a ainsi commis me délit prévu et puni par l’article 40 de la loi du 5 juillet 1844.

« En ce qui touche Balès, attendu qu’il n’est traduit devant le Tribunal que comme détendeur et receleur de l’instrument dont il s’agit ; que, si la loi punit le possesseur de l’objet contrefait, c’est parce qu’elle suppose qu’il a connu la circonstance de la contrefaçon, et qu’il a ainsi participé sciemment au délit ;

« Mais attendu qu’il résulte du débat que Balès est de bonne foi, et que ce qui le prouve, c’est qu’il a été porter l’instrument chez Sax pour le réparer, ce qu’il n’aurait pas fait s’il ;avait eu connaissance de la contrefaçon ; le Tribunal, par ces motifs, renvoie Balès des fins de la poursuite ; condamne à son égard Sax aux dépens.

« Et faisant à Rivet l’application de l’art. 40 précité, dont il a été fait lecture par le président, et qui est ainsi conçu :

« Toute atteinte portée aux droits du breveté, soit par la fabrication de produits, soit par l’emploi de moyens faisant l’objet de son brevet, constitue le délit de contrefaçon, ce délit sera puni d’une amende de 100 fr. à 200 fr. ; » condamne Rivet à 100fr. d’amende et aux dépens, liquidés à 60 fr. 20 c. ; et attendu le préjudice causé, condamne en outre Rivet par toutes voies de droit, et même de corps, à payer à Sax la somme de 100 fr. à titre de dommages intérêts. Ordonne la confiscation du saxophone au profit du plaignant ; autorise ce dernier à faire insérer sommairement le dispositif du présent jugement dans trois journaux à son choix, savoir, deux à Paris et un à Lyon, et ce aux frais de Rivet ; Fixe à trois mois la durée de la contrainte par corps, s’il y a lieu de l’exercer.

« Fait et jugé, etc.

« Pour extrait certifié conforme par moi, avoué sous signé, Paris, le 14 septembre 1850 ».

Signé M. ESCUDIER.

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N°46 du 17 novembre 1850

p.353. GYMNASE MUSICAL MILITAIRE par M. ESCUDIER

Il y a longtemps que nous aurions dû rendre compte de la séance de distribution des prix (...). Le Gymnase musical militaire est une de nos écoles musicales les plus remarquables. Fondée par M. Beer, ella acquis, sous l’habile administration de son successeur, M. Carafa, l’illustre auteur de Masaniello, un développement et une importance qu’on aurait pas oser soupçonner lors de sa fondation ; trois cents jeunes militaires environ, envoyés par les divers régiments de notre armée, reçoivent dans cet établissement, l’éducation musicale la plus complète. Une amélioration sensible se fait déjà remarquer dans les musiques de nos régiments, et on doit l’attribuer, sans aucun doute, au Gymn. Mus. Milt. M. Carafa a confié l’enseignement des diverses classes du Gymnase à nos premiers professeurs, parmi lesquels nous citerons M. Varroust pour le hautbois, M. Forestier pour le cor à piston, M. Cokken pour le basson [le même qui enseigne le saxophone ?], M. Dauverné pour la trompette, M. Dieppo pour le trombone, etc. etc. Indépendamment des classes d’instruments, il y a encore des classes pour l’enseignement de l’harmonie ; une de ces classes est confiée à M. F. Bazin.

Les élèves qui se sont distingués dans cette branche de l’enseignement concourent ensuite plus tard devant la section musicale de l’Institut, pour obtenir le brevet de chef de musique. Une grande partie des musiques de nos régiments sont aujourd’hui dirigées par d’anciens élèves du Gymnase.

La distribution des prix de cette année a été très brillante ; (...) Signé M. ESCUDIER

 

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