REVUE ET GAZETTE MUSICALE de Paris 1847

N°5 du dimanche 31 janvier 1847

p.44 : NOUVELLES.- La nouvelle salle de concerts que M. Sax vient de faire construire rue Neuve Saint-George, 10, est entièrement terminée. On annonce pour le dimanche 7 février à 2 heures, une matinée musicale donnée par M. Laurent Batta, dans laquelle on entendra, outre le bénéficiaire, son frère, Alexandre Batta, Dorus, Léon Lecieux, L. Messemaeckers, Géraldy et madame Roulle.

N°10, du 7 mars 1847

p.83 : NOUVELLES.-M. Sax père vient de publier, dans l'un des grands journaux de Bruxelles, une lettre à M. Wieprecht, dans laquelle il réfute victorieusement tous les arguments de son antagoniste, et finit par lui proposer un défi tout musical, que, certainement, M. Wieprecht n'acceptera pas.

N°17, du 25 avril 1847

p.143 NOUVELLES.- La musique du 4° lanciers, organisée d'après le nouveau système Sax, continue à jouir de la vogue. On se rappelle que cet excellent orchestre de cuivre, si habilement dirigé par son chef, obtint les plus grands succès, la saison dernière, aux soirées du Château-Rouge, où, par parenthèse, il éclipsait les meilleures musiques d'infanterie ; depuis lors, on la recherche avec empressement pour toutes les solennités auxquelles on veut donner quelque éclat. Au dernier banquet des fourrièristes, la musique du 4° lanciers a fait merveille avec ses fantaisies et ses fanfares, dont l'exécution brillante a électrisé toute l'assistance et provoqué les plus chaleureux applaudissements.

N°21 du 23 mai 1847

pp.172/73 : PROCES DE M. AD. SAX. Nous donnons à nos lecteurs quelques extraits assez curieux des plaidoiries de M° Chaix-d'Est-Ange dans le procès intenté à M. Sax par les facteurs d'instruments de cuivre, en déchéance de brevets. Outre l'intérêt qui s'attache particulièrement au courageux inventeur, la question qui s'agite offre une importance immense au point de vue général de l'industrie et des inventions. Le verdict du tribunal va décider du triomphe du progrès sur la routine ou donner gain de cause à la matière sur l'intelligence.

Voici d'abord une lettre que M. Carafa, l'ennemie ostensible de M. Sax, écrivait le 14 juin 1842 à l'habile facteur :

« J'ai examiné avec beaucoup de soin et d'intérêt les trois instruments que vous m'avez fait entendre, ainsi que les ingénieux mécanismes que vous y avez adaptés.- La clarinette a le mérite de ne pas changer le doigté, de conserver la belle qualité des sons en les rendant plus justes que la clarinette à treize clefs dont on se sert ordinairement, et de donner une grande facilité pour attaquer les notes aigués. La clarinette basse est tout à fait nouvelle ; elle est appelée à jouer un grand rôle dans l'orchestre. Ses sons remarquablement beaux et mâles, ont une grande puissance et une parfaite égalité. « Le directeur du Gymnase musical, membre de l'Institut. CARAFA »

Une lettre de M. SPONTINI, du pois de janvier 1844, contient également les éloges les plus flatteurs pour M. Sax :

« J'ai dû, dit l'illustre auteur de la Vestale, rendre une éclatante justice, en présence de nombreux artistes très distingués, et adresser des compliments très flatteurs et les mieux mérités à l'ingénieur-facteur et inventeur, M. Sax, dont les bugles à cylindres, la clarinette basse et soprano, ainsi que le saxophone surtout, m'ont paru produire de très excellents effets saisissants, et introduire même dans l'art des sonorités nouvelles, et offrir de grandes ressources aux habiles instrumentistes et aux compositeurs dramatiques, et plus encore pour les musiques militaires, que l'on ne saurait assez considérer, enrichir et perfectionner, comme en Allemagne, et en premier lieu en Prusse. »

Une anecdote assez piquante prouve jusqu'à l'évidence la difficulté pour les adversaires de M. Sax d'obtenir une preuve quelconque, à l'appui de leurs prétentions. Ils se sont adressés à M. Peletti, facteur d'instruments à Milan, et lui ont demandé une attestation contraire aux droits de M. Sax. M. Jobard nous en donne les preuves dans une lettre de septembre 1846, adressée à M. Sax, et dans laquelle il lui cit que, passant à Milan, il s'arrêta devant la vitrine de M. Peletti. Pelatti était devant sa porte. M. Jobard lui dit, en apercevant des instruments de même force que ceux de Sax : Voi fate à Milano istrcmenti di Sax. Peletti répondit : é Sax chefa miel striomenti à Parigi.

« Peletti m'engagea à entrer, continue M. Jobard, et me reconta toute une histoire sur ses inventions, disant que vous aviez été travailler à Berlin, chez son correspondant, où vous aviez copié tous vos instruments sur les siens, et qu'il en avait la preuve par un ouvrier allemand qui avait travaillé avec vous, et qu'il me montra occupé dans un coin. Je m'approchai de cet ouvrier, et lui dis : « Vous avez vu M. Sax, quel homme est-ce ? » Il me répondit : « C'est un petit gros ». Je lui dis que vous étiez au contraire un grand maigre.- Oh ! alors, fit-il, ce sera un de ses frères.- Ou quelqu'un des siens, répondis-je : c'est comme dans la fable.

« M. Peletti, continue M. Jobard, me fit voir alors une lettre de M. Guichard. Il était correspondant de M. Peletti, et il eût été bien aise que celui-ci fût l'inventeur de nos instruments.

« Mon cher Peletti, lui disait-il, vous savez que je suis chargé, au nom de tous les facteurs de France, d'intenter un procès à Sax pour faire tomber ses brevets ; mais il nous faut des preuves. Faites constater que vous êtes le premier inventeur. N'épargnez rien, ni peines, ni frais ; le tout vous sera remboursé, même vos frais de voyage, si vous voulez venir à Paris ».

Passant aux insinuations perfides qui tendaient à faire croire que M. Sax avait reçu de personnes influentes un appui plus ou moins intéressé, M° Chaix s'exprime en ces termes :

Quand on attaque de tels hommes, qui jouissent de tant de considération dans les sciences, dans la société, il faut être parfaitement sûr de son fait. A la date du 8 mars, M. de Rumigny m'a adressé la lettre suivante :

« Monsieur,

« Je viens d'apprendre que dans le cours des débats entre M. Sax et quelques facteurs d'instruments, il a été dit que des intérêts d'argent m'avaient décidé à faire adopter les instruments de son invention, et que cette considération avait influencé les décision de la commission chargée par le ministre de la guerre de s'occuper de l'amélioration des musique militaires.

« Je déclare ici de la manière la plus formelle que cette supposition est une indigne calomnie, et qu'en donnant mon appui à M. Sax, je n'ai eu d'autre but que celui de faire admettre dans les régiments les meilleurs instruments.

« J'ai donné à M. Sax quelque argent dans ses moments de détresse, afin de l'empêcher de succomber dans la lutte de son génie contre la médiocrité et l'envie.

« Cet argent n'a jamais dépassé la somme de mille à quinze cents francs ; en le donnant, j'ai toujours stipulé qu'il ne devait produire aucun intérêt, et j'ai même ajouté qu'il ne devait pas songer à le rembourser si des difficultés graves se présentaient plus tard.

« Les épreuves qui ont été faites devant moi en Belgique et en France m'avaient démontré que les instruments en cuivre devaient subir une révolution complète dans les mains d'un homme aussi habile que M. Sax. L'examen que la commission a fait de ceux fabriqués par les Français et les étrangers a prouvé qu'ils étaient encore dans l'enfance, qu'un grand nombre donnaient des notes fausses, et que leurs formes, mêmes les meilleures, ne permettaient pas qu'il en fût autrement.

« Pendant la mission que j'ai remplie en Prusse, en 1842, et dans mon dernier voyage en 1846, j'ai examiné attentivement les instruments en cuivre en usage en Allemagne ; ils participent tous aux défauts de ceux employés dans notre armé, les mêmes lacunes existent dans les familles des différents instruments. A M. Sax seul appartiennent donc les nouvelles proportions et l'application des cylindres qui ont donné tant de justesse et de sonorité.

« Les anciens instruments n'ont jamais possédé ces deux qualités, et la moindre attention suffit pour le reconnaître ; depuis une année, les inventions de M. Sax ont été adoptées dans les régiments prussiens, et la Russie les a admis dans ses orchestres régimentaires.

« Comme président de la commission, j'ai contribué à les faire adopter dans l'armée ; l'examen très approfondi des différents instruments en usage dans les armées de tous les pays a été fait en présence de tous les membres de la section musique de l'Institut, de M. Séguier, de M. le colonel du génie Savart, de deux colonels qui avaient dans leurs régiments les meilleures musiques de l'armée. Toutes les délibérations ont été prises à l'unanimité et signées après lecture par tous les membres, sans exception.

« Je conçois les regrets que l'adoption de ces instruments a fait naître parmi les concurrents de M. Sax ; la commission n'a pas dû s'en préoccuper, elle aurait manqué à ses devoirs.

« Ces Messieurs devraient se rappeler que l'ors de l'arrivée à Paris du pauvre M. Sax, jeune facteur à réputation naissante, sans argent, sans autre appui que son talent, j'ai fait une tentative pour leur faire adopter à leur profit, moyennant une faible rétribution d'argent payée annuellement et en commun, les productions de son génie. Ils ont repoussé cette démarche bienveillante.

« Le jour de leur désillusion est arrivé ; probablement ils maudissent les membres de la commission comme un plaideur maudit les juges qui l'ont condamné. Personnellement, je suis peu touché de la coupable accusation qui a été articulée contre moi, je la méprise comme une calomnie faite dans un but intéressé, mais si elle se propage au-delà de l'enceinte du Tribunal, je la poursuivrai comme une infamie lancée contre moi et la justice de mon pays me donnera gain de cause, comme l'opinion publique.

« J'ai dans cette occasion, comme dans beaucoup d'autres, rempli mon devoir, sans me soucier des suites qu'il pouvait avoir ; il en sera toujours de même, et si je vous écris cette lettre, Monsieur, c'est pour donner à la vérité un nouvel appui devant les juges impartiaux et loyaux de M. Sax.

« Agréez, Monsieur, etc.,
lieutenant-général DE RUMIGNY. »

Je n'ai pas besoin, je crois, de défendre M. de Rumigny. Quant au secrétaire de la commission, M. Kastner, il a été également indigné de ce qu'on avait dit contre lui, il m'a envoyé sous enveloppe ce certificat :

« Je soussigné atteste n'avoir jamais été intéressé, en aucune manière, dans l'entreprise de M. Adolphe Sax, non plus que dans toute autre entreprise industrielle, soit en France, soit à l'étranger. Ce démenti formel donné aux insinuations de M° Marie suffira, je l'espère, pour démontrer que mon opinion sur les perfectionnements et les inventions de M. Sax prend uniquement sa source dans la conviction inébranlable que j'ai acquise des services importants qu'ils sont appelés à rendre à l'art musical. C'est un aveu que je ne manquerai point de réitérer en toute occasion, dût-il m'attirer l'animadversion ou les calomnies des ennemis de l'habile facteur Adolphe Sax.

« Paris, ce 6 mars 1847. Signé KASTNER.

Le tribunal a renvoyé cette affaire devant arbitres ; nous tiendrons nos lecteurs au courant :

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N°22, du 30 mai 1847

p. 182 : UNE SOIREE MUSICALE CHEZ M. SAX. De même que la porcelaine et le maréchal de Saxe ont joui dans le temps d'une vogue immense, M. Sax tout court, ses instruments, sa famille des saxhorns et la salle de concert ont toutes les qualités qui mettent à la mode. (...). Les musiciens qui se sont faits les interprètes de ses instruments ont donné mercredi passé une séance musicale dans la jolie salle qu'a fait construire l'inventeur de ces instruments, et la salle et les instruments ont paru des plus sonores et des plus brillants. (...) Henri BLANCHARD

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N° 25, du 20 juin 1847

p.208 : NOUVELLES.- Les intéressantes soirées musicales, qui continuent sans interruption depuis plusieurs semaines dans la jolie salle de M. Sax, permettent à M. Fessy de passer en revue les principaux morceaux qu'il a si bien arrangés pour son orchestre de cuivre. Mercredi dernier nous avons entendu plusieurs compositions nouvelles : une valse charmante, une fantaisie sur la Muette, une autre sur les Mousquetaires de la Reine, et surtout un pot-pourri sur des motifs de Charles VI, que se termine par le fameux chœur national, à produit un effet irrésistible. Ces soirées attrayantes n'ont pas seulement pour résultat de réunir l'élite de la société parisienne, et de lui offrir un dernier aliment musical ; à l'époque où chanteurs et instrumentistes ont déserté Paris, elles présentent de plus un but évident d'utilité en faisant ressortir la supériorité des instruments inventés et perfectionnés par Ad. Sax, en faisant briller leur sonorité, leur justesse, leur puissance et leur charme, enfin en offrant aux chefs de musique et aux compositeurs d'excellents modèles pour leur emploi, pour la manière d'écrire et d'en faire valoir les ressources et richesses. Sous ce rapport, les arrangements de M. Fessy ne laissent rien à désirer et peuvent être pris pour modèles. Mercredi prochain aura lieu la dernière séance d'audition, par suite du départ d'Arban. Ce sera en quelque sorte, une solennité musicale ; car, outre les saxhornistes, on y entendra plusieurs artistes célèbres : Vivier, Dorus et Alexandre Batta. M. Ad. Sax lui-même, l'instituteur du saxophone, nous a promis de jouer un solo sur cet instrument, qu'on peut appeler merveilleux, puisque certains détracteurs vont jusqu'à en nier l'existence. Ce serait la meilleure réponse à ces bruits absurdes et calomnieux qu'une controverse de mauvaise foi a répandus en toute occasion sur tous les instruments de Sax, et en particulier sur le saxophone.

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N°26, du 27 juin 1847

p.218/19. NOUVELLES : Il y a peu de temps que l'on écrit de la musique spéciale pour les instruments de cuivre seuls ; ce genre de composition était peu connu avant les instruments inventés par M. Sax, qui permettent plus de perfection dans l'exécution. Aujourd'hui, tous les régiments de cavalerie ont des fanfares, et la plupart de nos régiments d'infanterie ne conservent que la musique de cuivre, ainsi qu'un grand nombre de bataillons de la garde nationale ; aussi les fanfares pour instruments de cuivre seuls, sont-elles recherchées. Fessy en a composé, l'an passé, six, qui ont eu grand succès ; nous en annonçons aujourd'hui six nouvelles, qui ne réussiront pas moins que les premières, d'autant plus que les motifs sont des premiers compositeurs et tirés de leurs meilleurs ouvrages.

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N°27 du 4 juillet 1847

p.228 NOUVELLES : Les soirées de Saxhorns, données par Ad. Sax dans sa jolie salle de la rue Neuve-Saint-Georges, ont été, ce mos dernier, fort à la mode, et ont dignement succédé aux plus brillants concerts de la saison. Mercredi, a eu lieu la dernière séance, par suite du départ d'Arban pour les eaux de Baden. Le public nombreux et choisi qui se pressait à ces intéressantes séances, a pu admirer le nouveau éclat, la puissance, la justesse et la magnifique sonorité des instruments inventés ou perfectionnés par Ad. Sax. C'était la meilleure réponse aux attaques et aux calomnies dirigées contre ce facteur habile. On n'a pas moins applaudi les charmantes compositions de Fessy, parmi lesquelles nous avons surtout remarqué les fantaisies sur Zampa, les Huguenots, la Muette et Lucie. Plusieurs artistes de talent prêtaient leur concours à l'harmonie des Saxhorns ; ils ont droit à nos remerciements comme à ceux de l'amphitryon, et nous les retrouverons sûrement à la prochaine reprise de ces charmantes réunions momentanément interrompues. En attendant, il faut constater sur les nouveaux instruments d'Ad. Sax aussi bien que son nouveau système d'arrangement pour les orchestres de cuivre, font chaque jour de nombreux prosélytes, et tendent de plus en plus à se populariser. Cette petite révolution musicale porte déjà ses fruits, non seulement dans les musiques régimentaires, mais encore dans les sociétés philharmoniques de Paris et de province.

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N°28 du 11 juillet 1847

p.234. NOUVELLES : Dans la fête donnée jeudi dernier, au Château-Rouge, la musique du 8° hussards a exécuté des fanfares qui ont obtenu un immense succès, et ont été couvertes d'applaudissements. Si on se rappelle le précédent état d'infériorité où se trouvaient les musiques de cavalerie, non pas seulement par rapport aux musiques belges ou allemandes, mais encore par rapport aux autres orchestres régimentaires de France, on conviendra que le régénération opérée par les instruments et l'organisation d'Ad. Sax, est aussi brillante que complète. En effet, les musiques de cavalerie, disposées d'après le nouveau système, sont aujourd'hui les plus recherchées et celles pour lesquelles le public a une préférence marquée. C'est une observation qu'on a pu faire dans nombre de circonstances, et notamment au Château-Rouge, où le directeur a fait l'essai des divers systèmes de musique d'harmonie. Là, comme ailleurs, les nouveaux instruments d'Ad. Sax et sa nouvelle organisation ont remporté un triomphe aussi éclatant que mérité.

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N°35, du 29 août 1847

p.288 : NOUVELLES.- C'est le lundi, 20 septembre, que la société de Sainte-Cécile donnera, dans la salle Sax, son premier concert. Chaque sociétaire-fondateur......

- Le concours annuel qui a eu lieu ces jours derniers au Gymnase musical militaire vient de démontrer victorieusement tous les avantages attribués au saxophone. Après neuf mois d'études seulement, les cinq concurrents qui sont entrés en lice ont tous remportés des distinctions : le jury a déclaré à l'unanimité qu'il y avait lieu à décerner un premier prix, deux seconds prix et deux accessits. Une part du succès revient de droit à M. COKKEN, l'habile professeur, anciennement professeur de basson, qui a fondé la classe de saxophone au Gymnase, et a obtenu en si peu de temps de si merveilleux résultats. Tous les autres instruments de M. Sax enseignés dans cet établissement, saxhorn, saxotromba, etc., on également mérité les récompenses les plus flatteuses, particulièrement si l'on a égard au peu de temps qui s'est écoulé depuis l'introduction de ces instruments et le commencement des études.

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N°36 du 5 septembre 1847

p.298. NOUVELLES : Verdi a remis près de deux actes à la copie (...) On aura rarement vu un plus beau spectacle que celui que prépare l'Opéra pour la pièce de Verdi. Le nouvel ouvrage portera ce titre grandiose : JERUSALEM. (...). Verdi a l'intention d'employer les nouveaux instruments de Sax.

Il y a neuf ou dix mois à peine que la classe de saxophone a été fondée au Gymnase musical militaire et les cinq concurrents fournis par cette classe ont remporté au concours : 1 premier prix, 2 seconds prix, 2 accessits. Outre l'extrême facilité d'exécution que présente le saxophone, le jury a constaté la beauté de l'instrument, son timbre moelleux et fort à la fois, et son aptitude à rendre les passages les plus difficiles, même dans un mouvement rapide. à ce brillant résultat que vont répondre les détracteurs du saxophone et les gens qui prétendraient nier jusqu'à son existence ? Qu'ils aillent au Gymnase, et là, ils entendront les cinq lauréats enseignés par l'excellent professeur M. COKKEN, jouer du saxophone, comme des virtuoses de plusieurs années.

Le saxhorn, le saxotromba et les autres instruments de M. Ad. Sax, pour lesquels il a té fondé des classes au Gymnase, ont obtenu les plus éclatants succès et remporté plusieurs prix et accessits.

La salle Sax sert à de nombreux concerts et réunions d'associations.

Les classes du Conservatoire Royal de musique ont recommencé vendredi 1er octobre (1847)

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N°42 du 17 octobre 1847

p.346. « Nous lisons dans le dernier feuilleton du Journal des Débats de M. Berlioz l'article suivant, que nous reproduisons avec plaisir :

« Sax poursuit, au travers d'obstacles impuissants, le succès de ses innovations instrumentales, et l'événement vient donner raison à nos prévisions. Partout, en effet, les instruments de Sax opèrent une révolution dans les bandes de musique militaire où ils sont introduits. Au Gymnase musical, après huit mois d'étude seulement, le saxophone, cet instrument traité de mythe et de chimère, dont on allait jusqu'à nier l'existence, remporte un premier prix, deux seconds prix et deux accessits à l'unanimité ; les autres instruments de Sax, saxotrombes et saxhorns, remportent également plusieurs prix et obtiennent des mentions d'autant plus honorables que leur enseignement dans les classes du Gymnase ne remonte guère qu'à cinq ou six mois.

« Dans un autre concours avec tous les corps de musique militaire de Paris et de la banlieue, la musique du 74° de ligne, dirigée par M. Sarus, obtint le mois dernier trois premières médailles d'or, en battant constamment ses adversaires ((1) nous devons faire observer que la musique du 52°, également organisée avec les nouveaux instruments Sax, a partagé le premier prix avec le 74° au premier concours). La bande du 43° de ligne (chef M. Ducler), désignée par le ministre de la guerre comme musique modèle, ayant été appelée dernièrement à Neuilly pour jouer divers morceaux pendant le dîner du Roi, S.M. fut frappée de la supériorité de cet orchestre militaire, et surtout du charme d'un instrument dont le timbre lui était totalement inconnu : c'était le saxophone que le régiment possède depuis peu. Le Roi voulut l'entendre encore et fit recommencer le morceau dans lequel ce bel instrument figurait.

« En passant par Amiens, à son retour du château d'Eu, le Roi remarqua également la musique de cavalerie du 9° de hussards, toujours organisée avec les instruments de, et fit venir son chef, M. Binon, pour lui témoigner sa satisfaction. Enfin, partout ces instruments, tant décriés par les gens intéressés à en proscrire l'usage, obtiennent un succès évident et qu'on voudrait en vain contester. La cause des inventions de Sax et de ses perfectionnements pour les instruments à vent est désormais gagnée. Il serait digne de cet ingénieux et infatigable artiste de travailler maintenant à combler l'énorme lacune laissée dans les orchestres par l'absence d'une famille d'instruments à percussion. Nous n'avons en ce genre que de pauvres instruments (très utiles sans doute dans l'occasion, mais d'un ordre inférieur cependant), tels que les timbales, les cymbales, la grosse caisse et le triangle. Ces machines sonores produisent toutes, les timbales exceptées, des bruits et non pas des sons vraiment musicaux. D'ailleurs elles ne font qu'une note chacune, et, sous ce rapport, nous ne sommes guère plus avancés que les sauvages. Des instruments à percussion riches, variés et d'une sonorité précise comme celle du piano, mais beaucoup plus puissante, nous manquent absolument. Les lames, les tiges métalliques, les cordes à boyaux, les cloches de tout forme et de toute dimension, des vases de verre, enfin une foule de corps sonores sont propres à en faire d'excellents. Il s'agit de découvrir le système, et on le découvrira certainement tôt ou tard. Il est vraiment étrange qu'en regard de la multiplication incroyable des instruments à vent, depuis cent ans et plus, et du merveilleux perfectionnement qui nous a valu la transformation du clavecin en piano, on ne puisse apercevoir la moindre tentative pour créer dans les orchestres quelque chose de semblable à ce que je demande. L'art n'a pas fait un pas en ce sens depuis le premier jour.. C'est à Sax qu'il appartient de le faire marcher » Signé BERLIOZ.

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